• L'arrivée du cinquième mois (mai) était extraordinaire. J'avais déjà fait la moitié de la grossesse, nous commencions à être très attachée à ce bébé et cette grossesse. Nous y pensions très souvent, on parlait de prénoms, de noms, de filles, de garçons, de couettes. Je me sentais encore forte et énergique. Je continuais à faire du piano (ma passion) car j'accompagnais Lilia qui faisait de la guitare sèche (pour ne pas réveiller le bébé !) Nos boulots prenaient beaucoup de notre temps mais nous parvenons à nous voir le soir, pour passer d'agréables moments à deux. Un peu à trois. Lilia aimait me touchait le ventre qui s'arrondissait à vue d'œil.

     

    C'est un soir où nous jouions de la musique que je sentis le bébé bougeait dans mon ventre. Ce fut un bonheur ! pour nous tous. Xavier et Véronique étaient présents aussi parce qu'ils seraient aussi les « parents » de cet enfant. A partir de ce jour, la naissance se fit longuement attendre. Il fallait acheter des vêtements plus larges, car mes seins et cuisses grossissaient à l'œil nu. D'autant plus que j'avais arrêté de fumer, comme Lilia.

     

    Le gynécologue nous annonça peu après (j'y allais avec Lilia) que j'attendais une fille. Nous étions très heureuses encore. Cependant, en juin, mes jambes étaient lourdes et je me sentais de plus en plus fatiguée. J'allais au travail avec difficulté mais je m'y efforçai car il n'avait toujours pas trouver de remplaçante (au bout de 5 mois !) J'aurais très bien pu arrêter dès ce stade mais les collègues m'aidaient, je faisais seulement de la dactylographie ; je ne rangeais plus les dossiers aux archives !

     

    C'est en juillet que je pris définitivement mes congés maternité car j'avais pris du poids et que j'étais effroyablement épuisée. On commença à préparer la chambre de l'enfant (Lilia était en vacances pour ça) Xavier nous fit la tapisserie et on commença à faire quelques achats. La naissance s'approchait.


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  •  De la découverte jusqu'à l'annonce...

    La grossesse n'a pas été, certes, toujours très facile à vivre. Je suis tous d'abord aller voir un médecin qui m'a rapidement envoyé vers un gynécologue. Je sais que je n'en avais parlé à personne pour ne pas leur faire de fausse-joie. Une fois que les certitudes ont été établies, j'ai effectué une déclaration de grossesse par mon médecin. Ce qui me gênait dans ces périples de futur mère, c'est qu'ils n'étaient pas au courant de mon homosexualité, et qu'il était parfois difficile d'expliquer exactement les situations. J'ai annoncé rapidement la bonne nouvelle à Lilia qui pleurait de joie. Quelques jours après, nous avons invité Xavier et Véronique à déjeuner pour leur dévoiler l'excellente nouvelle. J'étais enceinte de quatre semaines seulement ce qui me gênait particulièrement car la peur de perdre cet enfant, hantait mes nuits. Lilia me disait qu'il était normal d'avoir peur tout en me persuadant que la grossesse se passerait comme prévu.

     

    En mars, je suis allée voir mes parents avec Lilia, nos relations se passent très bien et nous nous entendons à merveille. Lorsque je leur ai dis que j'étais enceinte, ma mère n'a pas posé de questions, elle a tous simplement souri en me regardant. Elle était très heureuse pour moi, bien qu'elle se demandait par quel miracle, des lesbiennes tombaient enceintes. Mon père était moins ravi mais nous nous sommes tous embrassés et nous étions heureux. Par la suite, mon petit frère de trois ans mon cadet fut mis au courant.

     

    Il était plus difficile d'envisager que les parents de Lilia réagirait de cette façon. J'ai dû lui donner le plus de force possible pour qu'elle prenne la décision de s'y rendre. Ses parents sont assez âgés et ont une mauvaise opinion de l'homosexualité. Bien entendu, ils ont bien découverts les fantasmes et les amours naissants de leur fille alors qu'elle était adolescente, mais ils ont laissé faire comme s'il s'agissait d'une maladie temporaire. Une sorte de crise d'adolescence. Nous leur avons annoncé une visite par lettre et c'est moi qui ai pris la parole pour leur dire que j'attendais un enfant. Ils n'ont pas bronché. Nous sommes restées sagement mangé et nous sommes repartis. Lilia ne se sentait pas bien vis-à-vis de cela mais je l'aidais à tenir bon. Malgré quelques nausées que j'avais en soirée, ma grossesse avait l'air de bien débuter.

     

    Pour rapidement prévenir de la venue d'un bébé (qui étonnerait, pensais-je, plus d'un et une !), j'ai fait parvenir, après seulement 4 semaines de grossesse, la déclaration à ma caisse d'assurance maladie et à la caisse d'allocations familiales. Quelques jours après, j'ai prévenu mon employeur – qui de toute façon ne connaît pas Lilia. Etant restée dans mes rêves et mon enfance, j'ai trouvé que ces fonctionnalités à remplir n'était pas de tout repos.


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    Avant d'écrire quoi que ce soit, je tiens à préciser qu'il a été extrêmement difficile d'en arriver là où nous en sommes. Le bout du chemin nous semblait long.

     

    Lilia et moi, nous nous sommes rencontrées lors d'une fête de la musique, près de nos deux villages respectifs. J'avais bu, tandis que Lilia était sage et timide. Je l'ai accosté de mon plein gré en lui dévoilant mon homosexualité. Il s'est trouvé qu'elle ressentait sensiblement de l'amour pour les femmes. Quelques jours après, nous nous sommes retrouvées et nous ne nous sommes plus quittées. C'est une belle histoire. J'étais encore étudiante en psychologie tandis qu'elle travaillait comme serveuse dans un restaurant, à Bordeaux. En juin, lors de notre rencontre, elle était en congé. J'ai cessé mes études un an après notre rencontre et nous nous sommes installées ensemble. J'ai trouvé du travail dans une maison de retraite, j'y faisais du ménage. De mon côté, familles et amies étaient au courant de cet amour qui inondait mon cœur, tandis que du sien, seulement deux ou trois amies le savait. Lors de nos jours de congés, bien que son travail ne lui permettait pas de sortir, nous avons fait beaucoup de connaissances. Notamment la rencontre de Xavier, un jeune homme de 25 ans. En 1999, mon contrat a été terminé mais j'ai pu me faire embaucher (ayant un Bac SMS) dans un hôpital en tant que secrétaire médicale. Malgré les difficultés financières, nous avons tenu bon.

     

    Lilia était moins vaillante qu'auparavant, son boulot la fatiguait et nous nous voyions peu. En 2000, on changea d'appartement grâce à mon salaire et Lilia voulait absolument tenir un bar. Or, nous n'avions pas du tout la possibilité de s'offrir ce cadeau là, malgré nos passions. On parlait déjà de bébé, nous étions en plus de ça, très malheureuses de ne pas pouvoir s'offrir ce cadeau. Malheureuses d'entendre tous ces jugements péjoratifs, nous étions persuadées que nous devrions vivre sans enfant. Lilia a finalement décidé de passer le concours d'aide-soignante pour acquérir un poste dans mon entreprise. Ce moment-là de notre vie a été, certes, très difficiles aussi, mais notre couple se solidifiait à chaque moment pénible. C'est ainsi que nous étions persuadées d'être faites l'unes pour l'autre.

     

    Lorsque nous étions sûres de rester dans nos postes, moi de secrétaire et elle d'aide-soignante, nous avons décidés d'avoir un enfant. Bien qu'il est ardu de se faire accepter dans la société hétéro-normative, nous avions là, un grand désir. Il était plus fort que tout ce que nous avions eu à vivre. L'année dernière, j'en ai parlé à Xavier et Véronique, sa future femme. Malgré les difficultés que cette relation aurait pu faire naître, Véronique (et bravo pour son courage !) a accepté. Xavier avait le libre-choix d'accepter de nous faire un enfant. Etant une personne très compréhensive et très ouverte, il accepta après peu de temps de réflexion.

     

    Avec Lilia, heureuses et apeurées, nous réfléchissions sur les étapes que nous devrions vivre. Comme dans un documentaire que j'avais récemment vu, nous voulions que notre enfant ait un père et une mère, un équilibre et une ouverture d'esprit. Pour cela, nous avons décidés que je serais la mère et que Lilia serait la marraine. L'enfant irait voir son père de temps à autre. Nous serions des parents soudés, cet enfant aurait plein d'amour. Après cela, en septembre dernier, j'ai appelé Xavier et je lui dis que j'étais prête.

     

    J'ai donc eu plusieurs relations sexuelles avec lui qui n'ont aucunement détruit nos rapports amicaux. Nous faisions ça pour l'enfant. J'ai mis trois mois avant de tomber enceinte. En janvier, le test était enfin positif. Notre plus grand bonheur a débuté ce jour-là.

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